Nièvre Energies, une SEM citoyenne pour le développement des énergies renouvelables

Lors de l’inauguration en 2012 du parc éolien de Massingy-les-Vitteaux | Photo Lilian Bonnard

Lors de l’inauguration en 2012 du parc éolien de Massingy-les-Vitteaux | Photo Lilian Bonnard

Publié par Yannick Régnier le 09/05/2016

Sous l’impulsion de la population, la SEM Nièvre Energies a été créée fin 2012 par le Syndicat d’énergies de la Nièvre (Sieeen), initialement et notamment pour intervenir dans la société d’exploitation d’un projet éolien participatif initié en 2006 par l’association Le Varne à Clamecy-sur-Oisy. Elle y est présente aujourd’hui à hauteur de 35 %, au côté du fond d’investissement participatif Abo Wind Invest (65 %). Plus largement, la SEM ambitionne de participer à des projets représentant 30 à 35% de l’objectif défini pour le département de la Nièvre dans le schéma régional climat air énergie (SRCAE), soit environ 70 à 80 MW (essentiellement éolien, mais aussi photovoltaïque au sol et sur bâtiment en intégration, méthanisation collective, micro hydraulique, etc).

La première SEM citoyenne sur l'énergie

Le capital social initial de Nièvre Énergies, détenu par les collectivités locales (85 %) et la participation citoyenne (15 %), en a fait la première SEM citoyenne. Les clubs d’investissement (15 en 2013) créés pour réunir l’épargne locale sont rassemblés dans une société à actions simplifiées, la Coopérative Bourgogne Énergie Citoyenne (CBEC), qui porte l’investissement citoyen sur les bases de la charte de l’association Énergie Partagée. CBEC poursuit son essaimage de clubs d’investisseurs pour mobiliser l’épargne citoyenne et renforcer ses moyens au sein de la SEM, avec pour objectif de conserver 15 % minimum de participation à son capital. En effet, une seconde augmentation de capital a eu lieu en novembre 2015, pour passer de 600.000 € à 1.470.000 €. A cette occasion, le conseil régional de Bourgogne est entré à hauteur de 200.000 €, dont une partie accordée en capital-risque. En complément, la région accorde un droit de tirage à hauteur de 800.000€ en compte courant d'associé selon les besoins en développement de Nièvre Energies.

Stratégie et plan d'affaires de la société

Le plan d’affaires de Nièvre Energies est construit autour de trois axes :

> Acquisition de parts dans des sociétés d’exploitation (en phase d’investissement) ;

> Co-développement avec un développeur, typiquement après les études de préfaisabilité ou après le dépôt d’autorisation unique ;

> Participation au développement de projets à travers la réalisation des pré-études en interne.

Par ailleurs, Nièvre Energies met en œuvre une stratégie de prise de participations dans des sociétés de projet hors du territoire et d’autres SEM territoriales (essentiellement portées par des syndicats d’énergie), afin de pouvoir se développer. Pourquoi ? Le potentiel éolien de la Nièvre est restreint. Le département a déjà fait l’objet d’une importante prospection par les développeurs privés. Un glacis politique interdit actuellement tout développement sur le territoire du Parc du Morvan (près d’un tiers de la surface du département). Beaucoup de zones sont par ailleurs soumises aux contraintes de plafond aérien imposées par les militaires. Il est donc intéressant d’élargir la zone d’intervention, au moins au niveau régional. En outre, un projet éolien complet, pris en main depuis son amorçage jusqu’à sa mise en service, peut s’étaler sur 7 à 8 ans. Les actionnaires de la SEM ne peuvent attendre si longtemps et doivent investir rapidement dans des projets. Ainsi, Nièvre Energies pourra prendre des parts en minoritaire dans d’autres parcs éoliens, notamment au côté d’autres entreprises publiques locales.

Une seule personne, un ingénieur éolien, est salariée de la SEM, mais l’entreprise publique bénéficie des fonctions supports du SIEEEN (management opérationnel, communication, comptabilité, ingénieur en développement photovoltaïque, gestion des instances). Les frais relatifs sont traduits dans une convention de prestations entre les deux structures.

Se fédérer entre syndicats d'énergies pour être présent avec la force d'un réseau

Les syndicats d’énergie souhaitent aussi se fédérer pour pouvoir être présents auprès des développeurs avec la force d’un réseau, au niveau régional et au-delà. Il s’agit de pouvoir accompagner le développement, en intervenant dès le début des projets, de maitriser les coûts associés (et en particulier la valorisation du développement via la prime de succès) et de préempter des droits d’entrée future, y compris à partir d’une participation initiale modeste aux projets (15-20%). Dans un contexte d’obtention difficile des autorisations uniques, le mégawatt éolien se vend cher et restera l’apanage des fonds d’investissement et de pension si les acteurs locaux ne se saisissent pas du développement. Cette démarche relève donc d’un double intérêt économique et de solidarité.