Civilisation des énergies fossiles et ses héritages : la fin d'une histoire

Civilisation des énergies fossiles et ses héritages : la fin d'une histoire
Published by Yannick Régnier on 08. 12. 2020

La transition nous invite à renouer avec le territoire et conditionne notre capacité à maintenir la démocratie.

Pierre CHARBONNIER, philosophe, chercheur au CNRS et auteur de "Abondance et liberté, une histoire environnementale des idées politiques", nous aide à prendre du recul sur notre action pour mieux la motiver.

 

 

Principaux messages

La civilisation des énergies fossiles porte deux héritages :

1/ Ces énergies concentrées ont historiquement permis d'immenses économies spatiales, en mobilisant des "hectares fantômes" enfouis sous terre. Ce n'est qu'une réalité temporaire, à l'échelle de l'histoire de l'humanité. Nous étouffons maintenant dans une atmosphère qui ne peut plus absorber les excès d’émissions.

2/ De nombreux progrès sociaux sont inhérents au régime énergétique des fossiles. La classe ouvrière est née avec le développement des grandes infrastructures techniques liées au charbon. Le compromis démocratique avec le régime capitaliste, certes imparfait, est indissociable de la mobilisation des énergies fossiles.

Ces deux héritages sont au terme de leur histoire :

1/ La transition énergétique nous invite à renouer avec le territoire, dans lequel de nouveaux objets vont nécessairement apparaître : éoliennes, panneaux solaires, unité de méthanisation, chaufferies bois, etc.

2/ Elle invite aussi à renégocier le partage des responsabilités entre l’État, les territoires métropolitains et ruraux, et à redéfinir plus largement notre conception politique, dans sa verticalité (décentralisation et subsidiarité) et son horizontalité (inter-territorialité, nouvelles solidarités).

Extraits de ses travaux

« Outre qu’elles permettent de faire de l’énergie un peu moins dangereuse, avec des coûts de production désormais plus bas, la grande vertu des énergies renouvelables, c’est qu’elles re-territorialisent l’approvisionnement énergétique. Elles nous obligent à nous rendre compte que si nous voulons continuer à vivre comme ça, il faut d’une certaine manière que cela marque le territoire. (…) Les énergies renouvelables sont nécessaires parce qu’elles sont, justement, renouvelables, mais aussi parce qu’elles nous forcent à renouer autrement avec le territoire, et parce qu’elles invitent à la sobriété. »

« Si l’écologie est un enjeu démocratique fondamental, c’est avant tout parce que ce qui se joue avec cette grande transformation à venir, c’est la redécouverte d’une terre, d’un territoire, qui soit capable de supporter l’existence collective sous sa forme égalitaire. Ce n’est pas que l’écologie est un enjeu démocratique parmi d’autres — la démocratie elle-même tient à l’exigence écologique. »