Destination TEPOS au cœur de la concertation du nouveau Plan Climat des Grands Causses

Un groupe en plein débat, le 24 mai 2018 à Saint-Affrique

Un groupe en plein débat, le 24 mai 2018 à Saint-Affrique

Published by Charlotte Tardieu on 30. 08. 2019

Le Parc Naturel Régional des Grands Causses a adopté la méthode Destination TEPOS pour renouveler sa stratégie de transition énergétique en facilitant la participation des citoyens. Découvrons comment il s’est approprié la méthode, qui fait désormais partie de leurs outils de sensibilisation du grand public.

Un plan climat air énergie territorial (PCAET) résolument concerté

Engagé dès 2009 dans un plan climat énergie territorial, le Parc naturel régional des Grands Causses a développé de nombreuses actions de sensibilisation du grand public, mis en œuvre des actions concrètes de réduction des consommations d’énergie et accompagné le développement des énergies renouvelables à travers par exemple la création de la SEM[1] Causses Energia. En 2017, le Parc rejoint le réseau des Territoires à énergie Positive (TEPOS) du CLER et finalise son Schéma de cohérence territoriale (SCoT) intégrant des objectifs énergétiques ambitieux.

Quelques mois après avoir adopté un SCoT faisant de leur territoire un « acteur de la transition énergétique », l’ensemble des Communautés de communes ont transféré leur compétence « Élaboration du Plan Climat Air Énergie Territorial » au Syndicat mixte du SCoT du Parc naturel régional des Grands Causses. De ce fait, le Parc emmène avec lui des Communautés de Communes de moins de 20 000 habitants dans l’aventure PCAET.

Lancée en 2018, la démarche d’élaboration du PCAET menée en interne par le Parc se veut ouverte et concertée. Après un premier plan climat dont l’élaboration avait été confiée à un bureau d’études externe, les élus comme les techniciens souhaitent être plus impliqués dans la démarche et surtout faire participer la population. Ainsi, de nombreux rendez-vous au format différent ont ponctué l’année d’élaboration permettant à des publics variés d’exprimer leur vision d’un territoire acteur de la transition énergétique et de suivre les grandes étapes d’élaboration du document : comité syndical, comité de pilotage associant les partenaires des collectivités aux élus, groupe de travail réunissant en plus des représentants de la société civile ou de corps de métiers aux ateliers participatifs ouverts aux citoyens. Afin de marquer le lancement de cette démarche participative, une soirée débat a été organisée, réunissant près de 400 personnes.

Dépasser l’autonomie énergétique, est-ce possible ? Réponse autour de Destination TEPOS…

Les Grands Causses bénéficient de grands espaces naturels aux gisements d’énergies renouvelables remarquables et d’une faible densité de population lui permettant de pouvoir envisager aisément d’atteindre l’autonomie énergétique. En 2017, la production locale d’énergie renouvelable couvrait l’équivalent de 58% de la consommation d’énergie du territoire. Au vu de ce bilan très encourageant de dix ans de politiques volontaristes, la question au centre de la concertation du PCAET était le maintien ou la rehausse de l’objectif 100% énergies renouvelables en 2030. Pour donner l’occasion à chacun de réfléchir au mix énergétique le plus adapté au territoire et à la meilleure combinaison d’actions de réduction des consommations, le Parc a fait le choix de la méthode Destination TEPOS proposée par le CLER. Douze ateliers participatifs ont été organisés en mai 2018 sur l’ensemble du territoire, annoncés par divers biais de communication (flyer en toutes boîtes, affichage en mairie, articles de presse et réseaux sociaux). Chaque EPCI a accueilli au cours d’une soirée un atelier réunissant des élus puis un atelier ouvert à tous. Ces soirées ont réuni entre 20 et 60 participants selon les dates.

En pratique

Après avoir suivi la formation proposée par le CLER début 2018, Alexandre Chevillon, chargé de mission énergie-climat au Parc, prend facilement en main les outils mis à sa disposition pour les adapter au mieux aux potentiels du territoire. Des études de gisements ayant déjà été réalisées à l’échelle du SCoT, la collecte des données nécessaires pour passer en « mode expert » se fait rapidement. Il en profite alors pour adapter le plus finement possible les supports d’animation : reformulation de certaines cartes, création de nouvelles et ajout de cases supplémentaires sur le damier laissant la possibilité de dépasser l’objectif d’autonomie énergétique du Parc.

Des ateliers courts mais riches en débats

Chaque atelier débutait par une courte introduction s’appuyant sur un film de quelques minutes faisant état des politiques énergétiques menées depuis plus de dix ans et d’une rapide présentation de la méthode. Accompagnés par un animateur, les groupes d’une douzaine de personnes débattaient pendant une bonne heure des leviers d’actions à mobiliser.

La dimension ludique du jeu, bien que critiquée par certains réfractaires à la démarche de concertation, facilite la confrontation des points de vue et l’émergence des débats. Le maniement des cartes permet de comparer d’un coup d’œil le poids des différentes solutions énergétiques mobilisables et de prendre conscience du chemin déjà parcouru. Les citoyens se retrouvent comme les élus dans l’obligation de faire des choix, de comparer les avantages et les inconvénients des différents leviers d’action possibles. Alexandre Chevillon souligne l’importance de l’animation : les compléments d’information ou les relances peuvent être nécessaires à un groupe pour dépasser leurs aprioris.

Afin de limiter la durée des  ateliers à 1h30 pour les élus et 2h pour le grand public, les résultats n’ont pas fait l’objet d’une synthèse présentée en fin de chaque atelier mais d’un rapport remis aux élus, aux membres du groupe de travail et disponible en ligne.

Stratégie du PCAET : des objectifs chiffrés issus de Destination TEPOS

Si la concertation n’a pas permis d’apaiser les tensions cristallisées autour des grands projets d’énergies renouvelables, elle a permis à 220 personnes de s’exprimer sur l’ambition énergétique de leur territoire et les objectifs prioritaires. La synthèse des ateliers met en évidence un certain consensus entre élus et citoyens autour notamment :

  • de l’ambition de pousser au-delà de l’équilibre énergétique à 2030,
  • de limiter le développement éolien à quelques éoliennes supplémentaires en plus de celles déjà accordées,
  • d’accélérer le développement des filières solaire et bois énergie,
  • de réaliser des efforts conséquents pour réduire les consommations des bâtiments résidentiels et tertiaires.

Notons que les élus ont globalement eu tendance à pousser un peu plus loin les objectifs sur le développement des énergies renouvelables que sur les économies d’énergie, alors que l’ambition des citoyens met légèrement plus l’accent sur les économies d’énergie que sur les énergies renouvelables. En plus des objectifs énergétiques chiffrés, les échanges ont fait apparaître une volonté partagée de renforcer la sensibilisation notamment des jeunes et plusieurs groupes ont exprimé le souhait de prendre part activement à la transition énergétique de leur territoire.

Les objectifs chiffrés discutés en ateliers grâce à la méthode Destination TEPOS ont été rediscutés par les élus puis inscrits dans le PCAET. Dans le document, les objectifs retenus sont accompagnés par les points d’attention issus de la concertation. Désormais, le territoire ne recherche plus seulement à équilibrer consommation d’énergie et production locale d’énergie renouvelable mais entend devenir un « territoire solidaire, contributeur des stratégies énergétiques régionales et nationales ».

Extrait du PCAET du Parc naturel régional des Grands Causses, arrêté le 26 avril 2019

 Extrait du PCAET du Parc naturel des Grands Causses, arrêté le 26 avril 2019

De la construction de la stratégie à la sensibilisation du grand public

Fort du succès des ateliers participatifs, le Parc utilise désormais Destination TEPOS comme un outil de sensibilisation, notamment auprès d’étudiants, de lycéens, et même de collégiens (4ème et 3ème). La méthode permet de rendre concret les enjeux de la transition énergétique abordés par les programmes scolaires, et de les matérialiser à l’échelle de leur territoire. En plus, la dimension ludique du support est bien appréciée par ces jeunes publics.

[1] Société d’Economie Mixte