Pour mobiliser les 71 communes de la métropole de Rouen, Malaunay fait dans la dentelle

Pour mobiliser les 71 communes de la métropole de Rouen, Malaunay fait dans la dentelle
Published by Esther Bailleul on 17.04.2019

Comment mobiliser finement sur un grand territoire ? Et comment, quand on est soi-même un pionnier, mobiliser autour de soi ? Ici, avec du temps et de l’échange : le maire de Malaunay et une chargée de mission de la métropole de Rouen ont pris leur bâton de pèlerin et ont visité chaque commune.

Une "COP 21" locale pour mobiliser les acteurs métropolitains

Plutôt que d’élaborer son Plan climat air énergie territorial (PCAET) de manière isolée, la métropole de Rouen décide de lancer « Notre COP 21 », une action inédite de mobilisation et d’engagement des acteurs locaux, en partenariat avec le WWF. Trois cibles sont identifiées : les communes, les entreprises, les citoyens et associations citoyennes.

Pour chaque catégorie d’acteurs, des stratégies sont déployées afin de les sensibiliser et de formaliser des engagements qui viendront alimenter un accord final entre la métropole et les acteurs du territoire.

L’atelier COP 21 est ainsi ouvert à Rouen 6 jours par semaine et devient un lieu d’information et de sensibilisation pour les citoyens. Le WWF crée également une application smartphone permettant aux personnes de s’engager de manière individuelle. Les entreprises sont quant à elle invitées à participer à des coalitions thématiques, et à présenter des documents d’engagements à l’issue des ateliers. Mais comment mobiliser les communes ?

Malaunay, ambassadeur auprès des communes

Petite commune de 6000 habitants de la métropole rouennaise, Malaunay vise l'autonomie énergétique en 2050. Il y a dix ans, les idées d'un comité éco-citoyen interne ont poussé la collectivité vers la transition énergétique et des projets concrets ont vu le jour. La démarche a progressé jusqu’à aboutir à un projet de territoire global, tourné vers la transition et le développement territorial, au plus près des citoyens. Désormais reconnue au niveau régional et national, la commune est un acteur majeur de la transition de la métropole.

Voir : Malaunay à la conquète de son autonomie énergétique

Lorsqu’il est question de mobiliser l’ensemble des communes dans la COP, c’est ainsi Guillaume Coutey, le maire de Malaunay, qui est missionné par le Président de la métropole. La métropole recrute dans le même temps Marie Atinault, spécialiste des politiques locales de transition énergétique, pour coordonner la mission et accompagner Guillaume Coutey. La stratégie que se donne le binôme ? Aller à la rencontre des maires et des services de toutes les communes de la métropole, échanger avec eux sur les actions de la commune en matière de transition écologique, et les mobiliser afin qu’ils s’engagent concrètement dans le cadre de la COP 21.

Une méthode exigeante et efficace

Le marathon commence en février 2018 : Marie Atinault et Guillaume Coutey prennent contact avec les communes les unes après les autres et fixent un rendez-vous avec le maire (une condition sine qua non, afin de s’assurer du portage politique) et les services. Avant le rendez-vous, Marie Atinault envoie une liste d’actions succincte, poussant la commune à faire le point sur la durabilité de ses actions et à s’interroger sur sa marge de manœuvre : suivi des consommations énergétiques, éclairage public, approvisionnement de la cantine, biodiversité…

Lors du rendez-vous, Guillaume Coutey et Marie Atinault échangent avec le maire et les services. Ils balayent ensemble les catégories d’action du document. Leur objectif est de repartir avec un bilan complet de ce qui a déjà mis en place, et de nouveaux engagements concrets de la commune. Le binôme reste jusqu’à trois heures sur place, discute de manière approfondie, poussant le maire à appeler les techniciens pour obtenir des détails. L’accueil dans les communes est inégal, mais grâce à sa posture d’écoute et à sa persévérance, le duo parvient à convaincre ses interlocuteurs de la sincérité de la démarche et obtient de la commune auparavant réticente des engagements ambitieux.

Après la rencontre, Marie Atinault assure ensuite un suivi étroit et réactif, tout en offrant un espace de coopération avec les services. Elle leur fournit des ressources sur une plateforme en ligne : retours d’expérience, charte, conventions, modèles de délibération, coordonnées des techniciens de la métropole, informations sur l’Espace-Info-Energie. Elle leur envoie à l’issue du travail collectif un document d’engagement à adopter par délibération du conseil communal, avec engagement de dépenses - une condition pour que les engagements de la commune soient inscrits in fine dans l’accord de Rouen, signé à la fin de la COP entre tous les acteurs. L’idée est de partager ces engagements largement au sein du conseil municipal, et de s’assurer que les moyens seront là pour enclencher des changements.

71 maires rencontrés en 9 mois

Le temps nécessaire pour rencontrer toutes ces communes est considérable, mais s’avère payant. La quasi-totalité des communes ont joué le jeu, et 70 documents d’engagements communaux sont co-rédigés avec la métropole, ce qui représente 1138 engagements communaux au total. Ces engagements portent sur différents domaines, mais beaucoup d’entre eux montrent une réelle ambition. En particulier, concernant l’énergie :

  • 66 communes sont engagées dans des projets de suivi énergétique, d’audits énergétiques, de réalisation de programmes pluriannuels d'investissement « travaux » associés ou non à un contrat de performance énergétique, de rénovation lourde ou légère d’un ou plusieurs bâtiments communaux…
  • Plus de 15 communes sont engagées dans l’anticipation de la règlement thermique 2020 via une démarche d’écoconstruction pour la conception de leurs prochains gymnases, salles des fêtes, centres de loisirs ou piscines, prévus sous 5 ans
  • Plus  de 60 communes sont engagées dans la mise en œuvre partielle ou totale de l’extinction nocturne de l’éclairage public
  • Plus de 30 communes ont programmé des études de faisabilité « solaire photovoltaïque » en autoconsommation, afin de développer l’autonomie énergétique de leur patrimoine
  • 5 communes souhaitent mener des études de faisabilité pour envisager la création d’une chaufferie bois-énergie de petite puissance raccordée à plusieurs bâtiments, en substitution à de vieux équipements fonctionnant au fioul ou au gaz

COP21, document bilan de la mobilisation des communes

Tous les engagements des communes sur le site « Notre COP 21 »

Courant 2018, constatant le succès de la mobilisation des communes, l’ADEME y voit l’occasion de proposer aux plus volontaires d’entre elles de s’engager dans la démarche Cit’ergie. Elle souhaite en effet déployer largement ce dispositif. Guillaume Coutey et Marie Atinault identifient alors 15 communes qui semblent prêtes à s’engager dans une démarche plus lourde et exigeante. En octobre 2018, Malaunay, Rouen et Petit-Quevilly, elles-mêmes engagées dans Cit’ergie, présentent leur démarche aux 15 communes. C’est un succès : 11 communes sur 15 décident de démarrer un prédiagnostic Cit’ergie.

« Rien ne remplace l’humain ! »

Plusieurs facteurs, notamment contextuels, expliquent en partie le succès de cette mobilisation. Mais c’est avant tout grâce à ces rencontres bilatérales et privilégiées que Guillaume Coutey et Marie Atinault sont parvenus à rassembler toutes les communes autour de l’initiative métropolitaine.

Reconnue, l’action de Malaunay donne à Guillaume Coutey la légitimité pour s’adresser aux autres maires. Ses résultats montrent qu’il est possible de s’engager à toute échelle, comme plusieurs communes pourront le constater en visitant la commune lors d’un « DDTour ». Pourtant, il ne s’agit pas de donner des leçons, mais de parler des actions de la commune rencontrée, de montrer les opportunités que recèle la transition écologique, sans posture partisane. Pour Guillaume Coutey, le succès de cette action vient de la relation de confiance établie avec les maires : « Nous nous sommes intéressés à eux et avons pris le temps de travailler avec eux. Les communes ont la capacité d’agir, encore faut-il leur reconnaître cette capacité, en les incitant à aller le plus loin possible. »

Le binôme, associant le statut politique de Guillaume Coutey à l’expertise et la force de travail de Marie Atinault, a eu une vraie force de frappe. Pour Marie Atinault, ce temps passé sur les actions de chaque commune est indispensable. « La leçon à retenir, c’est que rien ne remplace jamais l’humain. On pourra créer des plateformes ou des applications, il faudra toujours des personnes, une écoute, des ressources humaines qualifiées dans les territoires pour déclencher les changements que la transition requiert. »