Le Pôle Albigeois Bastides : une animation tout en souplesse et adaptation

Sylvian Cals, représentant le Pôle Territorial, signant l'avenant à la convention TEPCV en 2016

Sylvian Cals, représentant le Pôle Territorial, signant l'avenant à la convention TEPCV en 2016

Published by Esther Bailleul on 01.02.2017

Le Pôle Territorial de l’Albigeois et des Bastides, ancien Pays devenu Pôle d’équilibre territorial et rural (PETR) en 2014, couvre un territoire de 58 000 habitants formant un arc autour de l’aire urbaine d’Albi. Il porte un projet de territoire, construit en accord avec les 5 communautés de communes qui le composent et son Conseil de développement. L’une de ses missions en particulier est d’animer et de mettre en œuvre pour les collectivités le Plan climat énergie territorial (PCET) du territoire, élaboré en 2009.

Cela dit, pour Julien Frat, chef de projet climat-énergie, la stratégie de transition énergétique du territoire correspond plutôt à une agrégation de différents dispositifs et outils. Comme dans beaucoup de territoires, ces dispositifs ont à voir avec les financements reçus par le Pôle Albigeois Bastides.

Un projet de territoire unique pour plusieurs dispositifs structurants

L’ADEME est le principal financeur des actions de transition énergétique du Pôle. C’est à travers un Contrat d’objectif territorial énergie-climat (COTEC) de 3 ans que sont suivis l’ensemble des projets pour lesquels l’ADEME apporte son soutien au territoire. En échange, le Pôle s’engage sur des objectifs de moyens. L’intérêt du COTEC est qu’il permet de dédier une partie importante du financement total à des actions d’animation et de communication – par opposition à des investissements.

Le COTEC encadre donc une partie de l’animation du Plan climat et permet un prolongement de la mission de Conseil en énergie partagée, de la plateforme de rénovation REHAB et des démarches individuelles des collectivités. S’ajoute également la mise en œuvre de la convention Territoire à énergie positive pour la croissance verte (TEPCV), que le Pôle a coordonnée en 2015 et 2016 pour les communautés de communes, les communes et les syndicats. La convention en elle-même fait bénéficier le Pôle et ses collectivités de 2 millions d’euros, essentiellement fléchés vers des investissements.

En parallèle, le territoire bénéficie depuis 1999 d’un soutien de l’Union européenne. Retenu par la région Midi-Pyrénées en 2015 pour le programme LEADER 2014-2020, il s’est vu allouer une nouvelle enveloppe FEADER de plus de 2 millions d’euros. Ce montant est plus largement destiné à des actions de développement local ; côté transition énergétique, il finance ou co-finance par exemple la mise en place de la plateforme de la rénovation énergétique, des actions de mobilité durable ou l’accompagnement au développement de certains projets d’énergie renouvelable.

Pour mettre en place ces actions sur le territoire et assurer l’animation auprès des différents acteurs, le Pôle Albigeois Bastides emploie deux conseillers énergie pour les particuliers, un Conseiller en énergie partagé (CEP), un chargé de mission LEADER qui anime aussi les actions mobilité, et enfin un chef de projet climat-énergie.

Le projet de territoire 2014-2020, réalisé de manière participative, définit la stratégie et les missions du territoire et apporte une cohérence à l’ensemble des actions. Il s’articule par exemple avec le Contrat Régional Unique 2015-2017 signé par le Pôle avec la Région Occitanie, axé sur le développement de l’attractivité et de l’emploi dans le territoire.

Dans la pratique, articuler le programme LEADER et les projets ADEME représente parfois une difficulté, notamment du fait des différences dans les modalités de fonctionnement.

Le Pôle a aussi constitué un COPIL pour suivre les projets soutenus par l’ADEME, qui permet d’informer les élus et les partenaires du territoire de l’avancée des projets.

La plateforme de rénovation bénéficie d'un suivi un peu plus formalisé pour associer le jeu d’acteurs spécifique du domaine du bâtiment et de la rénovation thermique. Enfin, la mission de Conseil en énergie partagée fait aussi l’objet d’un comité de suivi dont font partie les communes membres du dispositif.

Adapter des outils à des besoins spécifiques

Comment sont suivies toutes ces actions ? Pour le Plan Climat, Julien Frat utilise Climat Pratic. Cet outil de l’ADEME et du RAC-F, qui se présente sous la forme d’un tableur, a été ajusté en fonction des enjeux et des actions du Plan Climat. Il est aussi utile, grâce à ses fonctionnalités graphiques, pour illustrer les résultats des actions dans les réunions avec les partenaires ou élus.

Aujourd’hui, il est envisagé de reconfigurer l’outil pour qu’il puisse permettre aussi le suivi de la plateforme, de la convention TEPCV, du COTEC et de la mission CEP. Les actions ne seraient plus réparties par enjeu du Plan climat, mais par dispositif.

De manière générale, les outils sont créés ou adaptés pour coller aux besoins du territoire. Par exemple, pour que les Espaces Info-énergie du territoire puissent rediriger efficacement les particuliers vers la plateforme de la rénovation du Pôle sans saisir deux fois les mêmes informations (d’une part dans leur outil informatique et d’autre part dans l’outil plateforme commun aux 4 territoires porteurs de plateformes de Midi-Pyrénées), un module doit être créé pour assurer la transmission d’informations entre les deux logiciels.

Les frontières entre les différents projets sont poreuses. Par exemple, la mission du conseiller en énergie partagée (CEP) concerne le patrimoine public, mais le Pôle Albigeois Bastides a organisé des Nuits de la thermographie destinées aux particuliers où le CEP est intervenu. Ainsi, grâce à cette capacité d’adaptation des outils et à l’action transversale des agents, les projets fonctionnent ensemble sans être explicitement articulés en amont.

Julien Frat souligne que les agents manquent finalement moins d’outils que de temps. De nombreux outils thématiques existent, en particulier ceux mis à disposition par l’ADEME. La difficulté est plutôt de gérer des projets qui ont démarré à des dates différentes, d’effectuer le reporting à différentes dates en période contrainte, de rédiger les rapports, de gérer les avenants aux conventions, etc. Ainsi, dans ce contexte où un peu de souplesse est toujours bienvenue, il ne faut pas négliger la consolidation d’une relation de confiance avec les partenaires !

Du service aux collectivités au passage de relai

Le Pôle Albigeois Bastides permet aux collectivités de bénéficier de services mutualisés et d’actions cohérentes sur un territoire plus large. Pour autant, la mobilisation des collectivités (agents et élus) n’est pas systématique ni constante. C’est une dynamique à entretenir sans cesse ; l’animation du Pôle se dirige donc aussi vers les collectivités du territoire.

Le conseil en énergie partagée est un bon moyen de mobiliser car il maintient un lien direct et permet des progrès rapides en termes de consommation. Mais une vingtaine de communes seulement a adhéré au service, bien qu’il soit très apprécié.

Des évènements ponctuels sont organisés en fonction de l’avancée des projets à destination des élus, et ceux-ci sont aussi informés de l’action du Pôle à travers ses propositions de diagnostics groupés et de commandes communes.

Pour autant, on ne constate pas forcément de montée en compétence sur les sujets énergie dans l’ensemble des communautés de communes. Cela peut représenter un problème lorsque le Pôle n’a pas les compétences pour mettre en œuvre des actions, comme celles prévues par la convention TEPCV.

Les choses vont cependant se précipiter, puisque la plus grosse intercommunalité du territoire fait maintenant partie des territoires qui devront mettre en place un Plan climat air énergie territorial d’ici fin 2018, avec des exigences fortes sur le diagnostic et la stratégie. Par rapport à d’autres contextes locaux, l’expertise du Pôle Albigeois Bastides et le travail mené sur le territoire depuis des années représentent de réels avantages pour accompagner l’élaboration de cette nouvelle stratégie.