L’île de Sein prend son destin énergétique en main

L’île de Sein prend son destin énergétique en main
Published by Yannick Régnier on 2013. 03. 08.

Depuis dix ans, les habitants de l’île de Sein[1], face à la pointe du Raz (29), réfléchissent à une production locale d’énergie renouvelable pour alimenter leurs 330 maisons. Exposé à la houle et aux tempêtes, ce territoire breton est directement concerné par le changement climatique, comme tous les territoires insulaires[2]. Il est d’autant plus attentif aux perspectives de la transition énergétique qu’il dispose de nombreuses ressources énergétiques naturelles : énergies marines, vent et soleil. Un projet local et participatif de transition énergétique a donc été initié par la commune. Objectif : couvrir l’intégralité des besoins en électricité des Sénans par les ressources locales.

Un projet de développement local via la production électrique

Patrick Saultier, ingénieur-conseil, est à l'initiative du parc éolien participatif à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine), parc qu'il exploite aujourd'hui. Il accompagne les habitants de Sein dans la réalisation de leur projet qui touche l'ensemble de la chaîne électrique : production, stockage, distribution, maîtrise et pilotage de la consommation. Un concept innovant en France, soutenu entre autre par la Région Bretagne. Une délibération votée en conseil municipal le 4 juillet 2012 a validé le lancement du projet. Depuis, plusieurs réunions publiques se sont tenues sur l’île, avec une forte participation de la population.

Les habitants au cœur du projet

Une société à actions simplifiées (SAS) sera constituée premier semestre 2013. « Une société locale ayant comme actionnaire principal la population, où ce sont les gens qui font le projet », rappelle Serge Coatmeur, premier adjoint au maire.

Une électricité 100% ENR, pas plus chère qu’une électricité 100 % fioul !

Actuellement, EDF produit le courant grâce à trois groupes électrogènes fonctionnant au fioul :
420 000 litres par an, acheminés chaque semaine par petite quantité, sont nécessaires à la couverture de la consommation d’électricité. Cette production fossile recourt à la solidarité nationale (par le biais de la CSPE) qui supporte actuellement la charge du surcoût énergétique de l’île. Les habitants veulent aujourd'hui couvrir eux-mêmes l'intégralité de leurs besoins avec les ressources locales en utilisant différemment la CSPE, sans en augmenter le montant et tout en améliorant la qualité de la fourniture et du service.

De multiples obstacles réglementaires

Mais monter un tel système, du pilotage de la demande à la production d’énergie locale reste complexe, moins d’un point de vue technique que législatif et administratif. D'une part, la réglementation de l’urbanisme est mal adaptée aux problématiques spécifiques aux petites îles. D'autre part, c’est surtout la réglementation énergétique qui bloque. La société locale de l'île de Sein travaille actuellement avec les élus locaux et nationaux et avec l’administration nationale sur les questions du monopole d’EDF SEI sur l'île, la proportion d’énergie renouvelable acceptée par le réseau (seuil théorique des 30%) et l’affectation de la CSPE.

De manière générale, l’opérateur historique en situation de monopole fait une interprétation conservatrice d’une réglementation mal adaptée, ce qui conduit à bloquer de fait toute innovation et toute expérimentation. À ce jour, il oppose un refus systématique à tout projet de production locale. Seules des actions mineures d’économies d’énergie ont pu être engagées (fourniture d'ampoules basse consommation et changement de quelques réfrigérateurs), n’entraînant pas de baisse significative de consommation de fioul. Pourtant, comme le réseau insulaire n’est pas connecté au réseau continental, une expérimentation est possible, sans aucun risque pour le reste du système.

Ces éléments, ici comme ailleurs, sont autant de freins à la réalisation du projet. Mais le soutien du département et de la région, le souhait des autorités et de l'administration ainsi que la détermination légendaire des Sénans, devraient permettre à l’île de prendre in fine son destin énergétique en main.

[1] 0,58 km2, 150 habitants en hiver, 1 000 en été.

[2] Voir le n°91 de CLER Infos consacré aux îles, territoires d’expérimentation.