Loos-en-Gohelle : 20 ans de politique développement durable, cap sur la transition !

Panneaux solaires photovoltaïque au pied d'un terril

Panneaux solaires photovoltaïque au pied d'un terril

Publié par Guillaume Maciel le 08/01/2013

Depuis deux décennies, Loos-en-Gohelle (62) est en mutation. Cette commune de 7000 habitants du Nord-Pas-de-Calais, marquée par son passé minier, avec ses terrils culminant à 146 mètres de hauteur [1], gère un lourd héritage : effondrement de l’économie, délitement social et précarité [2], séquelles environnementales [3], culture autoritaire…

Autant de vestiges d’un passé non durable avec lequel l’équipe municipale, en place depuis 1997, a souhaité rompre via une politique de développement durable volontaire et orientée vers une reprise en main de leur destin par les habitants. La méthode : expérimenter, innover, en s’appuyant sur la participation active des citoyens [4]. Et ça marche ! Réélue en 2008 avec 82,5 %, la liste emmenée par le maire et conseiller régional Jean-François Caron, bénéficie du soutien massif de ses administrés. Loos-en-Gohelle est aujourd’hui l’un des postes avancés de l’innovation écologique en France et une pionnière de la transition énergétique. Retour sur quelques actions emblématiques.

De l’éco-construction à la rénovation

Les économies d’énergie sont le socle des actions de lutte contre la précarité énergétique et en faveur de la préservation des ressources. Depuis 1997, Loos-en-Gohelle a lancé de vastes programmes d’éco-construction, dont les plus marquants sont :

  • le Chênelet : 6 logements à caractère très social (dispositif PLUS) construits en 2009, avec un objectif énergétique de à 45 kWh/m2/an ;
  • la totalité des bâtiments communaux éco-construits ou éco-rénovés ;
  • le projet VillAvenir [5] : 6 maisons expérimentales à haute performance énergétique utilisant 100 technologies différentes, construites en 2009 par la Fédération Française du bâtiment (FFB) puis rétrocédées à un bailleur social…

L’heure est désormais à la réhabilitation thermique de l’ancien. La commune mène une politique d’aide à la rénovation de l’habitat minier existant [6]. Elle hébergera bientôt un centre de formation aux métiers de l’éco-construction de la Fondation des apprentis d’Auteuil.

Economiser, créer de l’énergie… et de l’activité

La ville vise un nouveau cap : l’autonomie en électricité. Des projets devraient permettre à la commune de couvrir ses besoins. L’un des plus anciens, la centrale photovoltaïque au pied des terrils, produit 63 000 kWh par an. Des panneaux solaires ont aussi été installés sur le toit de l’église. Ils produisent l’équivalent de la consommation de 12 ménages (32 000 kWh par an) et généreront une économie de 2,9 tonnes de CO2 par an. De même, les toits de plusieurs maisons particulières se sont couverts de panneaux, produisant en moyenne 86 000 kWh par an [7]. Le vent n’a pas été oublié avec un projet de 6 éoliennes qui produiront ensemble 9,2 millions de kWh. Des discussions sont en cours avec Enercoop pour la vente de l’électricité.

La commune abrite également un centre de test de 24 technologies solaires où collaborent les écoles d’ingénieurs de la région. Cette plateforme de R&D et de formation comprendra 60 structures fixes et mobiles servant de support à 1600 m2 de capteurs photovoltaïques. L’appui du Conseil régional a aussi favorisé la création d’un centre de développement des éco-entreprises, le CD2E, regroupant plus de 600 éco-entreprises, dont 150 dans les EnR. Cet outil d’intelligence économique accompagne le développement des filières et l’émergence de stratégies innovantes et de clusters. [8]

En résumé, le succès de Loos-en-Gohelle repose sur 4 piliers : fort développement de la ville, des outils d’innovation économique, des structures de R&D et de formation, le tout sur un site minier réinvesti, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, dont les hommes se sont réappropriés la culture et la mémoire. Cette dimension humaine est essentielle dans la réussite des projets. Elle prouve que lorsque les habitants perçoivent le sens des politiques menées, et qu’ils y sont étroitement associés, c’est tout un territoire qui avance dans la bonne direction.

[1] Les plus hauts d’Europe, dépassant même la pyramide de Kheops.

[2] Taux de chômage structurellement supérieur de 3 points à la moyenne nationale.

[3] La ville possède la moitié du stock régional de friches industrielles et connaît de graves problèmes de gestion des eaux et d’assainissement.

[4] Notamment via la création d’un espace collaboratif citoyen en ligne, citoyentic.fr.

[5] Partenaires : FFB, CD2E, Maisons et Cités… ; budget total : 1,9 millions d’euros ; périmètre d’opération : une maison d’ingénieur et 6 logements miniers. Le but est ensuite de généraliser aux 70 000 logements miniers de la ville.

[6] Projet Réhafutur entre autres.

[7] 30 subventions aux énergies solaires ont déjà été attribuées à des particuliers.

[8] Regroupement ou pépinière d'entreprises du même secteur, généralement sur un bassin d'emploi.