Eoliennes de Santerre : une autre façon d'impliquer les particuliers dans la transition énergétique

Photomontage des futures éoliennes sur la plaine du Santerre

Photomontage des futures éoliennes sur la plaine du Santerre

Publié par Esther Bailleul le 07/09/2015

Depuis octobre 2014, les particuliers peuvent investir dans des projets d'énergie renouvelable via des plateformes en ligne de financement participatif. Le premier emprunt lancé par le groupe Valorem sur la plateforme Lendosphère, pour participer au financement de la pré-construction du parc éolien de Santerre en Picardie, visait 60 000 euros. Les citoyens ont suivi, et face à la demande, le montant de l'emprunt a finalement été déplafonné pour atteindre 110 500 euros.

Un outil de financement simple mais encadré

Ces plateformes ont le nouveau statut de conseiller en investissement participatif (CIP) ou d'intermédiaire en financement participatif (IFP). Elles permettent aux citoyens de prêter aux entreprises, sans passer par les banques, et de percevoir des intérêts. Parmi ces plateformes, Lendosphère, au statut d'IFP, est dédiée aux projets de développement durable. En 9 mois d'existence, elle a permis de financer une quinzaine de projets d'énergie renouvelable et de prêter plus d'un million d'euros au total.

Le groupe Valorem a rapidement perçu l'intérêt de ce dispositif de financement. Santerre est le premier projet de l'entreprise à avoir fait l'objet d'une collecte, dès février 2015. Les 110 500 euros levés par Valorem début mars serviront à financer la pré-construction de ce parc éolien.

Un dispositif souple pour le prêteur et l'emprunteur

Sur Lendosphère, il est possible à n'importe quel particulier de prêter entre 50 et 1 000 euros par projet, remboursables entre 2 et 7 ans, pour un taux d'intérêt compris entre 4 et 8 %. De son côté, l'entreprise peut lever entre 30 000 et 1 million d'euros en un mois. Le financement peut intervenir au montage d'un projet par exemple, ou soutenir une entreprise dans son développement lorsqu'un projet immobilise ses fonds. Dans le cas de Santerre, le taux d'intérêt est de 6 % pour les Picards, 5 % pour les autres. « Nous avons décidé d'avantager les riverains, explique Claudio Rumolino, responsable éolien participatif de Valorem. Ça participe à l'acceptabilité locale du projet. L'enjeu est ensuite de décider qui est riverain !»

Le taux reste intéressant pour les citoyens même une fois les impôts déduits - et pour Valorem aussi, comparé au coût des autres options de financement. « C'est la solution la plus simple proposer aux citoyens de co-financer les projets. Les retombées économiques sont directes. », indique Laure Verhaeghe, co-fondatrice de Lendosphère. « Il y avait également une forte attente du côté des prêteurs ». En témoigne le succès des premières campagnes : tous les projets présentés ont réussi leur campagne de financement, et 2000 prêteurs sont inscrits sur la plateforme. Côté sécurité, le prêt n'est pas garanti, et un risque de perte existe pour le particulier en cas de faillite de l'entreprise. Lendosphère entend modérer ce risque en choisissant soigneusement les projets. « Nous avons refusé une cinquantaine de projets, essentiellement pour des questions de solvabilité. Et le risque est peu élevé compte tenu de la part du montant emprunté dans le financement global des projets. »

Participer selon le souhait et les possibilités de chacun

Dans la sphère du financement participatif des énergies renouvelables, le modèle proposé par Lendosphère est différent de celui d'Energie partagée, fonds qui n’investit que dans les projets dont la gouvernance reste entre les mains des particuliers ; ou encore de Lumo, autre plateforme en ligne. Lumo intervient en amont des projets, choisis pour leur ancrage territorial, et propose une épargne de long terme par la souscription d'obligations (conformément à son statut CIP) en substitution d’une partie de la dette bancaire. Un projet proposé par Lumo qui n'a pas permis de collecter le montant prévu verra son prêt bancaire assurer le financement des sommes manquantes, alors que Lendosphère, en accord avec le porteur de projet, annulera l'opération et remboursera les prêteurs.

Le particulier qui souhaite participer au développement des renouvelables peut arbitrer entre les différents systèmes en fonction de sa volonté d'implication, de son capital et de sa capacité à se projeter, une fois averti des conditions spécifiques de chaque modèle. Pour Claudio Rumolino, « dans l'urgence de la transition énergétique, chacun peut opter pour la participation qui lui convient. S'il y a un modèle adapté à ses attentes, pourquoi ne pas l'utiliser ? On peut très bien découpler la gouvernance de l'investissement ».