Les territoires à énergie positive inventent un nouveau paysage énergétique

Paysages de l'énergie, paysages en transition
Publié par Yannick Régnier le 07/07/2014

"Remodeler les paysages, c’est toucher à notre identité, c’est donner à voir le résultat de notre activité humaine, de nos politiques publiques."

Entretien avec Yannick Régnier, animateur du réseau national TEPOS, responsable Énergie et Territoires au CLER (réseau pour la transition énergétique) - extrait du guide "Paysages de l'énergie, paysages en transition".

Le paysage entre-t-il dans les préoccupations des territoires à énergie positive?

Nous présentons souvent les territoires à énergie positive (TEPOS) en disant, au sens figuré, qu’ils inventent un nouveau paysage énergétique. C’est aussi vrai au sens propre. Des formes nouvelles apparaissent dans un territoire repensé : densité du bâti, infrastructures de mobilité, isolation par l’extérieur, bâtiments à énergie positive, générateurs solaires, hydrauliques et éoliens, méthanisation et réseaux… Mais la réflexion sur le lien entre paysage et transition énergétique est naissante. Cette question est pourtant déterminante. Remodeler les paysages, c’est toucher à notre identité, c’est donner à voir le résultat de notre activité humaine, de nos politiques publiques.

Comment changer le regard sur la production décentralisée d'énergie?

Cela ne se fait pas sans les citoyens. La perception d’un aménagement par les habitants est très liée à leur positionnement sur le territoire et à leur appropriation du projet. Alain Cabanes, ancien président de la communauté de communes du Haut Vivarais (Ardèche), a initié le parc éolien de la Citadelle. Il formule avec clarté l’enjeu de la transparence avant l’« apparition » d’une unité de production : "ma hantise, c'est de découvrir au moment de la construction du parc que des gens n'étaient pas au courant du projet"[1]. L’implication du plus grand nombre sur un projet est indispensable : analyse paysagère préalable, concertation en phase de développement et information continue sur une longue période.

L'énergie peut-elle devenir une caractéristique identitaire du territoire?

Il importe en effet d’inscrire les projets dans une stratégie territoriale cohérente et partagée. Un projet de territoire à énergie positive peut être très mobilisateur par la création d’activité et d’emplois, la valorisation de l’épargne locale, les économies d’énergie, la requalification du patrimoine bâti, la fierté de maîtriser la production et le coût de son énergie… Le territoire du Mené a adressé ses vœux 2014 avec une photo de l’inauguration de son parc éolien participatif. Le classement des terrils et bassins miniers du Nord-Pas de Calais au patrimoine mondial de l’Unesco, à l’initiative de la commune de Loos-en-Gohelle, montre comment un paysage culturel vécu comme un fardeau, peut se transformer en une formidable opportunité. Les aventures énergétiques peuvent et doivent caractériser l’identité d’un territoire. Elles façonnent des terroirs, dont les produits ne sont plus seulement agricoles.

Quel regard portez-vous sur les évolutions attendues dans les territoires ruraux et urbains?

Mieux dotés en sources d’énergie renouvelables, les territoires ruraux porteront davantage les marques de la production énergétique. Cette solidarité avec les aires urbaines, moins pourvues en ressources naturelles mais mieux dotées en ressources humaines et financières, sera assumée dans le cadre d’une gouvernance territoriale renouvelée. Chaque type de territoire contribuera d’abord à ses propres besoins puis à ceux de l’autre selon ses potentiels et ses moyens. Par ailleurs, dans les aires urbaines, marquées par l’étalement et les zones d’activités périphériques, un renouvellement des pratiques d'aménagement prenant en compte la sobriété et l’efficacité énergétique concourra à la fois à la transition énergétique et à l'amélioration de la qualité des paysages. 

[1] Extrait du film court "Des éoliennes dans mon paysage" coproduit avec l’AMDA et Volubilis