L’agglomération du Bocage Bressuirais se saisit de Destination TEPOS avec l’aide de la DDT 79

Plateau de jeu de l'Agglo 2B
Publié par Yannick Régnier le 14/05/2018

Dans sa mission d’animation du réseau des PCAET du département des Deux-Sèvres, la Direction départementale des territoires (DDT) constate la difficulté de mobiliser les élus sur les enjeux énergie-climat. Quand la DREAL Nouvelle Aquitaine lui propose d’accompagner la mise en oeuvre de la méthode Destination TEPOS sur un territoire, dans le cadre d’une diffusion expérimentale du dispositif à l’échelle de la région, la DDT saisit l’opportunité. Elle se rapproche de l’agglomération du Bocage Bressuirais (dite Agglo 2B), en cours d’élaboration de son PCAET, qui confirme son intérêt et se lance aussi dans l’aventure.

Un territoire en profonde réorganisation

Née de la fusion de 7 collectivités en janvier 2014, l'Agglo 2B regroupe 38 communes, compte 74 348 habitants et emploie 540 agents. Dans ce cadre de profonde réorganisation, le territoire se concentre sur la restructuration progressive de son projet et de ses capacités d’action. Concernant l’énergie, après la création d’un Espace Info Energie et d’une Plateforme de la Rénovation Energétique de l’Habitat en juillet 2015, ce travail s’articule désormais autour de l’élaboration d’un PCAET d’ici à la fin de l’année. La collectivité souhaite réaliser l’essentiel des travaux associés en régie (études et animation du dispositif), tout en s’appuyant ponctuellement sur les structures existantes telle l’AREC (diagnostic énergie - climat) et l’ATMO (données sur les polluants atmosphériques). Pour travailler sur les questions énergie-climat, la collectivité s’est dotée d’une équipe constituée des postes suivants : un agent en charge du PCAET, un conseiller Info Energie, un conseiller rénovation et une ambassadrice de l'efficacité énergétique. Ces trois derniers postes sont soutenus par l'ADEME. Parallèlement, avec la baisse des dotations, la création de postes additionnels au sein de la collectivité n’est pas envisagée pour l’instant. C’est une des raisons pour laquelle le territoire ne s’est pas positionné en réponse à l’appel à projets TEPOS régional (dont les conditions exigent cette création de poste).

Faire le nécessaire pour ne pas être mis en défaut

Après la sollicitation initiale de la DDT, c’est la collectivité qui a pris en main l’essentiel de la préparation. “Il m’a fallu du temps pour bien prendre en main le tableur”, indique Dimitri Caillaud, technicien au service développement durable en charge du PCAET. Il s’agit à la fois de le maîtriser (“pour ne pas être mis en défaut”) et se l’approprier (“connaitre le moteur pour savoir le bricoler en cas de panne”). Par exemple, Dimitri Caillaud a observé une différence importante sur le potentiel de méthanisation et de solaire au sol, entre le calcul par défaut du tableur DiagFlash et les données fournies par l’observatoire régional. Après analyse avec les auteurs de l’outil, il s’est avéré effectivement que les hypothèses méthodologiques n’étaient pas les mêmes : le tableur DiagFlash s’attache essentiellement à des potentiels physiques, dans une posture prospectiviste, sans considérer un certain nombre de contraintes (économiques, administratives, organisationnelles, etc.) susceptibles d'être levées dans le temps.

Afin de mieux préparer les utilisateurs à la manipulation du tableur, celui-ci leur est désormais confié avant la formation, ce qui permet une même appréhension (voir plus de détails dans cet article). Pour autant, un atelier préparatoire en interne s’avère toujours utile, notamment pour se remémorer, parfois plusieurs mois après la formation, le discours introductif, les questionnements habituels, la posture des animateurs… L’Agglo 2B et la DDT ont prévu et réalisé un tel atelier, en guise de répétition générale.

Pour concevoir un matériel de jeu d’une bonne facture visuelle, les animateurs ont adapté le travail graphique réalisé précédemment par une autre collectivité et mis à disposition dans le cadre du réseau des utilisateurs (accéder aux documents graphiques - réservé aux utilisateurs).

Conditions de mise en oeuvre de l’atelier

L’atelier Destination TEPOS a réuni des élus, vice-présidents et membres de la commission Développement durable, deux directeurs adjoints et des techniciens de la collectivité locale et la Chambre d’Agriculture, le 6 décembre 2017 de 18h à 21h.

Les animateurs ont choisi de proposer deux tables de 7 participants, afin de s’assurer que chacun.e puisse prendre la parole. Ainsi, chaque animateur animait le dispositif sur une table : cette option permet de maintenir un bon cadencement de l'atelier, prévenir les digressions et assurer un suivi des échanges sur toute la durée de l’atelier. Dimitri Caillaud et Sandra Gérard ont adopté une double posture d’animateur et expert ; ils ont bénéficié de la présence de collègues (conseiller info énergie et ambassadrice de l'efficacité énergétique) dans le rôle d’observateurs et rapporteurs. En capacité de fournir une expertise complémentaire, ces derniers se sont appuyés sur le livret pédagogique pour apporter des réponses concrètes aux participants. En posant un cadre de sécurité clair et en sachant écouter le débat, les animateurs ont suscité la bienveillance des participants.

Concernant le matériel, l’Agglo 2B a choisi d’adapter les cartes, notamment en ajoutant des chiffres au verso (voir le résultat - réservé aux utilisateurs). Cette étape assez chronophage a représenté une bonne partie des 3-4 jours consacrés par l’Agglo 2B à la préparation. En amont à l’atelier, cela a permis aux animateurs de bien maîtriser les ordres de grandeur et d’intégrer à la réflexion des parties prenantes du territoire (par exemple, la chambre d’agriculture) ; pendant l’atelier, les chiffres ont constitué un pense-bête utile pour les animateurs, pour répondre aux interpellations des participants.

Ce que l’atelier a révélé aux participants

Par ailleurs, des références à des projets existants ont été ajoutées : elles ont permis d’analyser l’ampleur de ce qui reste à faire par rapport à ce qui est déjà fait, mais aussi de resituer les projets les uns par rapport aux autres. Ainsi, la production prévisionnelle d’un projet en cours de parc photovoltaïque au sol (4 ha, sur une ancienne mine d’uranium), comparée à celle de l’éolien, a fait réaliser aux élus que finalement, cette production ne représente “pas beaucoup”.

La question de l’éolien a une importance spécifique sur le territoire de l’Agglo 2B. Les élus sont très sensibles à la qualité de leur paysage bocager. Avec 60 MW d’éolien déjà en fonctionnement (plusieurs parcs de 4 à 5 machines), beaucoup considèrent être déjà en avance et avoir fait leur part - en comparaison, il n’y a encore aucune éolienne dans l’ex-Région Aquitaine ! Avec la fin des zones de développement de l’éolien (ZDE) il y a quelques années, la collectivité a perdu un moyen de planification et d’intervention utile : elle s’attache désormais de refonder une réflexion à partir de l’échelon communal à ce sujet, pour promouvoir une carte intercommunale de zones propices à l’éolien via le PCAET et le PLUI.

Autre anecdote intéressante relative à la mise en oeuvre de l’atelier. Dans un territoire vaste, dont le réseau routier n’est pas doté de grands axes et où le temps de trajet vers les villes principales peut rapidement dépasser l’heure, la carte sur la “réduction de vitesse” (liée à des compétences nationales) n’a pas été plébiscitée par les participants, considérant que la mesure ne serait pas populaire. Or, quelques semaines plus tard, le Premier Ministre annonçait la baisse de vitesse maximale de 90 à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central au 1er juillet 2018 : ceci confirme, sur un exemple concret, que l’atteinte de résultats en matière d’énergie au niveau local dépend d’une action coordonnée de toutes les échelles.

Poser les fondations avant de lancer les travaux

Deux mois après l’atelier, un élu rappelait au cours d’une réunion sur le PLUI le nombre d’éoliennes (à installer) sorti de la mise en oeuvre du jeu. Ainsi, sans que l’exercice ne préempte la décision politique, il permet de prendre conscience des enjeux, d’affecter des priorités, de mettre le doigt sur l’importance d'accélérer et des moyens associés, et de se donner une ligne de conduite sur les axes structurants.

Positionnée après la réalisation du diagnostic et avec celle du plan d’actions, la mise en oeuvre de la méthode Destination TEPOS s'insère parfaitement dans le cadre de l’élaboration du PCAET. “La méthode est vraiment bien, très concrète, les participants se rendent compte des choses”, considère Sandra Gérard. “Ils repartent avec les enseignements suivants : 1/ c’est possible, 2/ on a déjà fait des choses, on ne part pas de zéro, 3/ il reste plein de choses à faire”. “Destination TEPOS permet de poser les fondations”, souligne Dimitri Caillaud. En effet, “avant de poser la tapisserie, mieux vaut que la maison soit hors d’air et hors d’eau !” Pour aller plus loin, il faut maintenant “montrer par A plus B que ça marche”. Les élus du territoire sont pragmatiques : une fois convaincus, ils passent à l’action.

Et ensuite ?

Dans un territoire où l’agriculture représente près de deux-tiers des émissions de gaz à effet de serre, l’animation du dispositif auprès de plusieurs groupes d’élèves du lycée agricole est envisagée. A cet égard, Dimitri Caillaud regrette que l’outil n’apporte pas (jusque là) un chiffrage en gaz à effet de serre - ce qui concourrait par ailleurs à répondre aux obligations réglementaires liées à la réalisation d’un PCAET.

En outre, la méthode Destination TEPOS pourrait aussi permettre de toucher, dans le cadre de la concertation sur le plan climat, un public de particuliers plus large que les “militants” habituellement présents aux réunions. Dans la même idée, les ateliers de sensibilisation seraient couplés avec la projection du film "En Bocage, c'est déjà demain", illustrant la transition énergétique en cours sur le territoire.

Selon Dimitri Caillaud, le module “Économie” dont la sortie est prévue au printemps 2018 “pourra apporter des données complémentaires utiles à la mobilisation des élus”. Cependant, ce dernier alerte sur le fait que “cela ne doit pas faire rentrer trop dans les détails, pour ne pas allonger la durée de l’atelier”.

Après son accompagnement auprès de l’Agglo 2B, Sandra Gérard a répondu à la sollicitation de la communauté de communes du Thouarsais pour participer à l’animation d’un atelier Destination TEPOS préparé et piloté en interne (Delphine Maisonneuve, chargée de mission énergie, est formée et licenciée à la méthode). Au-delà, elle n’envisage pas de reproduire l’expérience trop souvent, dans la mesure où l’accompagnement des chargés de mission vers la mise en oeuvre de la méthode - qui plus est s’ils ne sont pas formés préalablement - prend tout de même du temps.