Méthanisation territoriale : opportunités en Albigeois.

Unité de méthanisation collective Géotexia

Unité de méthanisation collective Géotexia dans le Mené (Côtes d'Armor)

Publié par Isabelle Meiffren le 14/05/2013

Une quarantaine d’élus locaux, d’agriculteurs, d’opérateurs de l’énergie,… ont échangé fin 2012 sur les potentialités de développement de la méthanisation sur le territoire du Pays Albigeois et Bastides (PAB). Un travail qui au delà d'une approche par typologie de projet, a mis en évidence l'enjeu de la concertation et de la non concurrence entre projets, au moment où la méthanisation fait son "retour' en France.

Précédée par des formations, des voyages d’études, cette réunion prolonge les demandes d’approfondissement exprimées par le monde agricole dans le cadre du Plan Climat Energie Territorial, plan en cours d’amélioration dans le cadre de 100-Res-Communities. Ce séminaire était d’autant plus opportun que la Région Midi-Pyrénées venait d’annoncer un plan de soutien au développement de la méthanisation 2011-2014, doté de 8 millions d’euros.

L’objectif  du Plan Midi-Pyrénées : structurer et accompagner, de la conception à la construction et l’exploitation des installations, une filière régionale opérationnelle et pérenne, grâce à un renforcement des conditions d’éligibilité des projets.

Sa principale originalité ? Exigeant sur le plan de la justification du gisement, le dispositif régional prévoit également, en fin des études de faisabilité, un soutien aux études juridiques qui permettront de définir la structure partenariale de portage du projet pour les projets territoriaux. Trop souvent oubliée, cette étude juridique est, compte tenu de la de la multiplicité des parties prenantes une façon de ressouder les acteurs, au moment où les réelles difficultés commencent !

Le potentiel de production régional de biogaz est important : Il pourrait atteindre jusqu’à 2200 GWh par an en Midi-Pyrénées, soit l’équivalent d’1/4 de la consommation de gaz (résidentiel et tertiaire) de la Région. Et si ce potentiel « réellement » valorisable l’était effectivement, cela permettrait d’éviter l’utilisation de 200 millions de litres de fuel, tout en créant des centaines d’emplois. 16 zones de développement, principalement situées dans les zones de piémonts, ont été identifiées comme étant les plus prometteuses en matière de démarches collectives-et territoriales". Dont le Pays de l’Albigeois et des Bastides.

A l’échelle du PAB, la cartographie des gisements, (nature, quantités, potentiels méthanogènes) croisée avec la cartographie des consommateurs potentiels du biogaz (chaleur, injection de biométhane dans le réseau) a permis de faire un zonage selon la typologie des projets. Ont été ainsi différenciées :

  • des zones favorables aux projets collectifs et territoriaux
  • des zones favorables à la méthanisation à la ferme, individuelle, ou en petit collectif
  • des zones favorables à tous types de projets
  • des zones moins favorables à priori à la méthanisation.

Dans le Pays de l’Albigeois, compte tenu du poids de l’élevage – bovins, ovins, …- et du grand nombre d’ateliers et industries agroalimentaires dynamiques, les perspectives pour des projets de méthanisation territoriale de moyenne puissance – entre 350 kWe et 1 MWe sont réels.

L’analyse AFOM (SWOT) montre toutefois que le PAB ne cumule pas que des atouts.

Les projets seront donc à étudier avec rigueur pour bien en appréhender  les contraintes en particulier :

  • Un relief de collines et vallées encaissées qui ne facilite ni la collecte des déchets ni l’épandage des digestats les plus liquides,
  • Un individualisme « culturel » des éleveurs, même si le territoire compte  plusieurs CUMA (coopératives d’utilisation du matériel en commun) dynamiques),
  • La morosité du monde agricole,..

Un retard régional mais aussi national à combler

 Jusqu’à très récemment, le contexte n’était vraiment pas porteur en France pour la méthanisation.

Il en a résulté :

  • des mécanismes de soutien à la valorisation du biogaz très insuffisants, tout juste relevés en mai 2011, …
  • l’impossibilité d’injecter le biogaz dans le réseau pendant plusieurs décennies (contrairement à d’autres pays européens) interdiction très récemment levée, augmentant ainsi les chances de valorisation du biogaz, y compris pour les projets agricoles de taille significative,
  • un cadre juridique et réglementaire non adapté.

Fin 2012, il y avait 90 installations de méthanisation agricole en France (contre 7 500 en Allemagne).

La France a lancé fin mars 2013, son plan national Énergie Méthanisation Autonomie azote. Centré autour d’un objectif de 1000 méthaniseurs agricoles au plan national à l’horizon 2020, il conjugue trois objectifs : la maîtrise de la fertilisation,  la limitation des importations d’engrais azotés, le production d’énergie renouvelables.

Ce plan montre une prise de conscience par les pouvoirs de la vulnérabilité économique de nos agricultures face aux importations d’énergie fossiles et d’engrais.

 Tous les ingrédients sont donc réunis désormais pour favoriser l’émergence de projets collectifs sur le Pays des bastides de l’Albigeois à savoir :

  • un positionnement national qui légitime les initiatives des élus et des porteurs de projets,
  • un appui financier de la Région durant toutes les phases clés : faisabilité, investissement, prêt bancaire et assistances juridiques à la maîtrise d’ouvrage,
  • un appui en matière d’animation et de mobilisation des acteurs par le Pays et de diffusion des meilleures pratiques,
  • des agriculteurs, des collectivités fortement investis sur ces thématiques.

Durant le séminaire méthanisation, les éleveurs du Pays du Pays des bastides ont été alertés sur les points clés de la réussite des projets :

  • L’existence d’un gisement organique mobilisable dans la durée. Les gisements à très fort potentiel méthanogène, très convoités, ne doivent pas être inclus dans les calculs de rentabilité économique. Ils sont tout au plus des  gisements « bonus » éventuels. Autre gisement à considérer avec prudence : les résidus de cultures. Ils sont en effet susceptibles de rentrer dans la filière animale, ou être enfouis pour préserver la fertilité des sols. Enfin, la Région Midi-Pyrénées a pris la décision de ne pas financer les projets qui mobilisent des cultures énergétiques dédiées, privilégiant la valorisation des ressources existantes pour ne pas intensifier une utilisation des meilleures terres à des fins de production d’énergie.
  • Des débouchés pour l’énergie assurés sur toute l’année, sans fortes variations saisonnières,
  • La volonté des agriculteurs de récupérer le digestat comme amendement, et donc de rester « parties prenantes » du projet eux aussi dans la durée,
  • Un site d’implantation judicieux, intégré localement en concertation avec les riverains.

La signature de contrats d’approvisionnement, idéalement sur plusieurs années, est indispensable pour sécuriser le gisement entrant sur les projets collectifs et consolider le dossier de demande de prêt bancaire.

A défaut d’y parvenir dans les phases d’études, les porteurs de projets doivent réunir des lettres d’intention. Faire participer fournisseurs de matières premières au financement du projet est un autre moyen de sécuriser l’alimentation du digesteur en substrats.